Déviré

         MANIFESTE

du Mouvement NONM     
à propos du jeu électoral...

 

Le 7 décembre 2003, le gouvernement français organisait une prétendue consultation des Guadeloupéens. La dite consultation visait en substance une modification institutionnelle. Or, le débat politique a porté principalement sur un éventuel changement statutaire. En fait, le Peuple de Guadeloupe a eu à se prononcer par oui ou par non sur le détachement de telle ou telle partie de la circonscription administrative dite
« Guadeloupe et dépendances ».

En vérité ce fut un vrai hold-up politique !

En moins d'un mois, l'État français fixait les conditions de cette consultation et imposait à

1.     Saint-Barthélémy, commune de Guadeloupe, de se prononcer pour ou contre l'article 74... ;

2.     Saint-Martin, commune de Guadeloupe, de se prononcer pour ou contre l'article 74... ;

3.     Aux trente deux (32) autres communes de Guadeloupe de se prononcer pour ou contre l'article 73... de la constitution française !

Il est à noter qu'à aucun moment le Peuple de Guadeloupe dans son intégralité n'a été appelé à statuer sur une quelconque partition de l'archipel...

 

Véritable brigandage politique... que ce 7 décembre 2003 N'est-ce pas la réplique du séisme politique du 19 mars 1946 Et, pourquoi ?

Jamais en 369 ans de pratiques colonialistes le pouvoir français n'a failli dans sa logique d'oppression, d'exploitation et de mépris pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes !

Ainsi les 7 décembre 2003 et 19 mars 1946 sont face et pile d'une même médaille coloniale. Il ne s'agit donc nullement d'actes de décolonisation !

Quels enseignements tirés du «débat» relatif à
la consultation du 7 décembre
2003 ?

 

La quasi totalité de la classe politique guadeloupéenne se référant à la déclaration conjointe des trois présidents des Régions de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique (dite Déclaration de Basse-Terre, décembre 1999) multipliant forums et congrès, trois ans durant, a prétendu élaborer un projet de société. Il apparut cependant que chaque groupe, voire certains individus, ne fondaient leur engagement sur aucune destinée commune mais uniquement sur une ambition démesurée, une arrogance maladive.

Le gouvernement français instruit de ce fait et s'appuyant sur cette classe politique fantoche organisa les « Assises des libertés locales ». Avec un mépris affiché il occulta toutes les réflexions qui lui avaient été soumises par celle-ci (collectivité unique aux pouvoirs élargis... etc). Ces conditions réunies, la farce électorale du 7 décembre pouvait être organisée.

Aussitôt la décision prise, le consensus (voir 2e et 3e Congrès) vola en éclat. D'un côté, les partisans du « oui » et de l'autre, ceux du «non » relatif à l'article 73 de la constitution française (ou encore 74, à St-Barthélémy et St-Martin).

Dans le contexte néo-colonial actuel c'est bien l'ambiguïté du positionnement des forces dites de gauche qui pose problème. N'avaient-elles point la prétention d'œuvrer au raffermissement de l'engagement anti-colonialiste ? Depuis la déclaration dite de Basse-Terre, elles n'ont plus longtemps fait mystère de leur alignement sur la position du chef de file de la droite en Guadeloupe, signataire de la dite déclaration.

L'analyse du scrutin du 7 décembre 2003 fait ressortir que les intentions des stratèges politiques gouvernementaux et le résultat de la consultation électorale exprimé par le peuple guadeloupéen assujetti, suivent des logiques politiques dissemblables. Néanmoins, que dire de leurs conséquences sociologiques traumatisantes et aliénantes fragilisant la cohésion de la société guadeloupéenne

Cette ténébreuse consultation, portant sur une quelconque évolution institutionnelle dont l'ossature législative prévue serait définie à posteriori, a été perçue comme une entreprise gouvernementale d'abêtissement électoraliste, de désintégration identitaire, de démembrement communautaire. N'était-ce pas singulier d'entendre à longueur d'informations tendancieuses télé et radiodiffusées la ministre d'outre-mer rappeler à l'électeur que pour une fois dans son histoire celui-ci avait prise sur son destin sans aucune pression de quelque nature que ce soit ? Mais, pour quoi donc soulignait-elle dans la foulée, qu'il y avait une ligne jaune à ne point franchir ? Était-ce seulement de la démagogie ? Quel culot ! Quel cynisme ! La hargne expansionniste colonialiste n'a donc point de borne !

Le colonialisme français par un faux « débat » a voulu tromper le Peuple !

L'appréciation que le Peuple de Guadeloupe a cru opportun de porter sur cette manoeuvre électoraliste va bien au-delà du non massif, cinglant, déroutant et triomphant du scrutin du 7 décembre 2003.

Certains partisans du « oui », pleins de rancœur, ont prétendu que ce fut un non « alimentaire et pécuniaire d'assistés ». Cet avis plutôt sectaire, vindicatif de surcroît méprisant, escamote trop commodément les raisons vraies du refus du changement proposé et du choix circonstancié du maintien du statu-quo institutionnel.

Contraint dans l'enclos colonial ultra-marin à feindre pour survivre, portraitisé citoyen de seconde zone, le votant guadeloupéen a flairé le piège électoral qui lui était tendu. N'était-il pas invité à faire éclore dans une enveloppe une coquille institutionnelle dépourvue de matière nutritive ? Or, instruit par la tradition à savoir faire la différence entre « -klè é -vandrèdi-sen !», il a su tirer partie de l'urne, aujourd'hui transparente et non plus « manman kochon ». Il a démontré ainsi que sans germe la coquille était improductive. Arme nouvelle que ce jeu « i ka - i paka » électoral, jeu de la dérision civique !

En tout état de cause ne conviendrait-il pas de mieux voir dans le résultat du scrutin englobant l'impact du « oui » et celui du « non », une sentence condamnant l'arbitraire dont a fait preuve le gouvernement français ? Ce résultat caricatural renvoie au miroir du colonisateur français. L'image composite du sujet domestiqué qu'il s'était complu à modeler 369 ans durant, de l'atelier de servitude au pupitre universitaire via l'isoloir républicain « pété an dgèl ay » !!!!!!!

L'octroi du droit de vote au colonisé ne lui a en rien inculqué les droits inaliénables d'homme libre, ou la capacité de décider de son destin. Il a été objet, meuble... Doit-il demeurer sujet labellisé français ultra-marin ?

Le résultat du scrutin du 7 décembre 2003 est une magistrale gifle infligée aux colonialistes français et à leurs valets.

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La critique et les enseignements résultant de l'analyse de la consultation du 7 décembre 2003 invitent ceux des patriotes sincères à situer leur engagement militant dans la clarté, la loyauté et l'abnégation. Il n'est ni acceptable, ni d'aucun intérêt de trahir la confiance du peuple. Se dresser contre l'oppresseur colonialiste et ses acolytes est un devoir imprescriptible qui implique patience, 'intelligence, sacrifices et discipline.

 

Aucune formation politique, syndicale, culturelle, sportive ou autres issues de notre peuple et instruite des enseignements de notre histoire lointaine (avant et après les débuts de la colonisation) et immédiate, aucune femme, aucun homme de ce « péyi Gwadloup » ne doivent permettre à l'abominable système de domination colonialiste de perdurer sur notre sol gavé du sang de nos martyrs, en particulier ceux de 1801-1802 !

Aujourd'hui plus que jamais, il est impérieux et nécessaire qu'une force patriotique révolutionnaire guadeloupéenne s'affirme au grand jour pour poursuivre le combat libérateur initié le 21 octobre 1801, sanctifié en mai 1802 et régénéré en mai 1967. Ignace, Massoteau, Delgrès, Palerme et leurs compagnons ont montré, par leur détermination, leur courage, leur engagement individuel toute l'importance de disposer d'une Autorité politique unifiée, visionnaire et révolutionnaire.

Cette force-là, surgissant en dépit de tous les travers, entraves et contradictions d'une société moderne post-esclavagiste engluée dans la consommation et pervertie, se doit d'être le facteur déterminant de la nécessaire révolution culturelle et sociale en Guadeloupe.

Cette dernière conditionne la réalisation de la révolution
économique
favorable à l'ensemble du Peuple

La faillite morale et politique de la classe politique actuelle, le reniement, la démission et la compromission des uns et des autres, souverainistes et intégrationnistes commandent expressément la renaissance du patriotisme révolutionnaire guadeloupéen. Et, pour l'impulser puissamment des entrailles de notre Peuple, il est vital que s'achève l'émergence de l'Autorité politique guadeloupéenne révolutionnaire.

Jeunes, Travailleurs, Peuple de Guadeloupe organisons-nous
afin d'assumer
toutes les responsabilités qu'impose
la maîtrise de notre devenir
!

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Patriotes ! Pour ce faire, plus d'hésitation, plus de faux-pas ! Mettons-nous en mouvement permanent pour relever les défis de l'édification du « Péyi Gwadloup » !!!!!!!

 

 

 Lapwent, Gwadloup, 09-03-2004                                                                              MOUVMAN NONM

Roupwan